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L'enfance volée d'une veau
Yaël Angel, parti animaliste- Libération 01/10/19

Récit des six premiers mois de la vie d'un jeune boeuf. Ce sont aussi ses six derniers. Tribune.

Je suis né un matin de février, dans un énorme hangar segmenté par des barreaux métalliques en d’innombrables petits box. Il n’y avait pas d’herbe. Je ne voyais ni le ciel, ni la lumière du jour. Immédiatement après ma naissance, j’ai pu goulûment téter le lait chaud et nutritif de ma mère. Nous ne pouvions pas beaucoup bouger, elle et moi. Mais elle me protégeait, me nettoyait, m’offrait la douce caresse de son ventre pour me blottir pendant mes longues siestes. Cela n’a duré qu’un jour (1). Le seul jour heureux de ma vie. Car le lendemain de ma naissance, une catastrophe arriva. Un humain me saisit, et m’emporta. Je criais, elle criait (2). Nos regards terrifiés ne se quittaient pas. Elle voulut franchir la barrière pour me suivre, mais elle n’y parvint pas. Au fur et à mesure que l’on m’éloignait d’elle, elle se fondait dans la masse des centaines de vaches parquées dans le hangar. Finalement, je ne la vis plus. On me mit dans un camion, avec d’autres veaux comme moi, affolés et appelant leur mère. Je tremblais. On nous déchargea sans ménagement, parfois avec des coups de bâton ou de pieds, pour nous placer dans des petites cases en plastique, une case par veau. Ces cases individuelles ressemblaient à des niches. Une grille placée l’entrée m’empêchait d’en sortir. J’étais seul, isolé, dans cette étroite boîte à peine plus grande que moi. Tout mon corps appelait ma mère, sa chaleur, sa présence rassurante. Mais elle ne vint pas… Je ne devais plus jamais la revoir. Ce jour-là, on me mit des boucles de reconnaissance aux oreilles. Vous savez, ces sortes de petits écriteaux munis d’un numéro que portent les bovins. Un bovin est considéré comme de la viande sur pattes, un numéro. Au début, j’eus droit à une litière. Puis on me l’ôta et je fus alors obligé de dormir sur le sol nu.... la suite dans la boite à outil ci-contre